12 - Les deux ponts périlleux
La « demoiselle » fournit à Gauvain et Lancelot des indications sur le chemin à suivre ; les chevaliers parviennent à l’endroit où il leur faut choisir et se séparer : Lancelot choisit le « Pont de l’épée », Gauvain le « pont sous l’eau ».
On peut cependant y entrer,
Mais par deux voies très périlleuses,
655. Et deux passages effrayants.
Le premier est le « Pont Noyé »,
Car c’est un pont qui est sous l’eau,
Et ce pont a de l’eau dessous
Autant qu’il en a au-dessus.
660. Ni moins ici, ni plus par là,
Il est vraiment entre les deux,
N’a qu’un pied et demi de large
Et juste autant en épaisseur.
De quoi en être rebuté... !
665. C’est pourtant le moins périlleux.
Sans parler d’autres aventures
Aussi — mais dont je ne dis rien.
L’autre pont est bien pire encore :
Il est tellement dangereux,
670. Jamais personne ne le prit !
Il est comme une épée tranchante,
Et c’est pourquoi les gens d’ici
L’appellent le « Pont de l’Épée ».
Je vous ai dit la vérité,
675. Autant que je pouvais le faire. »
Alors il lui demande encore :
« Mademoiselle, s’il vous plaît,
Enseignez-nous ces deux chemins ! »
Et la demoiselle répond :
680. « Ce chemin vous mène tout droit
Au Pont Noyé, et celui-là
Conduit droit au Pont de l’Épée. »
Alors le chevalier a dit
– Lui qui été charreté –
685. « Sire, je vous quitte, ma foi !
Prenez l’une de ces deux voies,
Et laissez-moi passer par l’autre,
Prenez celle de votre choix. »
« Ma foi, fait messire Gauvain,
690. L’un comme l’autre des chemins
Est périlleux et difficile.
Je ne puis être bien certain
De celui que je devrais prendre ;
Mais n’ai pas le droit d’hésiter,
695. Puisque m’avez laissé le choix.
J’irai donc par par le Pont Noyé. »
« Il me revient donc de passer
Par le pont de l’Épée, dit l’autre ;
Sans discuter, je le prendrai. »
700. Alors ils se sont séparés tous trois
En se recommandant à Dieu,
Très poliment, les uns les autres.
Mais quand elle les voit partir,
Elle leur dit : « Vous me devez
705. Chacun un don, selon mon gré,
Quand je désirerai l’avoir,
Gardez-vous bien de l’oublier ! »
« Nous n’oublierons pas, douce amie »,
Lui disent les deux chevaliers.