8 - L'arrivée au château
Lancelot est hué comme un malfaiteur. Une sorte de réminiscence du « Christ aux outrages » ?
395 Ils se remettent donc en route
Lui à cheval, eux en charrette ;
Suivant tous le même chemin.
Et le soir, ils voient un château.
Et sachez-le, ce château-là
400 Était aussi puissant que beau.
Tous les trois franchissent la porte,
Et les gens sont très étonnés
Par le chevalier charreté ;
Ils ne font pas que chuchoter :
405 Petits et grands de le huer,
Les vieillards comme les enfants,
Et leurs cris emplissent la rue.
Le chevalier les entend dire
De lui du mépris, des injures.
410 Tous demandent : « À quel supplice
Est destiné ce chevalier ?
Sera-t-il écorché, pendu ?
Noyé ou brûlé sur épines ?
Dis-le nous, nain , toi qui l’amènes,
415 Quel forfait a-t-il donc commis ?
A-t-on prouvé qu’il a volé ?
Est-il assassin, ou vaincu[1] ?
Mais le nain, demeuré muet,
Sans répondre quoi que ce soit,
420 Mène au logis le chevalier.
Et Gauvain a suivi le nain,
Vers une tour non loin de là,
Située au bout de la ville.
Au-delà s’étendaient des prés,
425 Et la tour était située
Sur une grosse roche grise
Et ses parois tombaient à pic.
[1] « vaincu » original : « champ cheuz » : comprendre « tombé en champ clos », c'est-à-dire vaincu dans un « combat judiciaire ». Le perdant étant considéré comme coupable...